Publié par : nofrontier | 15 octobre 2009

Le Top 20 des plaintes les plus saugrenues reçues par les T.O.

Le journal anglais The Telegraph publie une liste de 20 plaintes parmi les plus insolites reçues par les tour-opérateurs (source ABTA, Thomas Cook et AAP). Cocasse…

1. Dans un logde africain luxueus avec vue sur un point d’eau, un touriste s’est plaint que la vue d’un éléphant sexuellement surexcité a gâché sa lune de miel en lui donnant des complexes.

2. La plage était trop ensablée.

3. Les femmes topless devraient être interdites sur les plages. Elles ont ruiné mon séjour car mon mari n’a pas arrêté de mater.

4. J’ai acheté à un marchand de rue des lunettes de soleil de marque Ray-Ban et il s’est avéré qu’elles étaient fausses !

5. La soupe de l’hôtel était trop épaisse. (Il s’est avéré que le client mangeait de la sauce et non de la soupe.)

6. Personne ne nous avait prévenus qu’il y avait des poissons dans la mer. Les enfants ont été effrayés.

7. Nous n’avions pas été prévenus que pour passer d’une île à l’autre il fallait prendre le bateau.

8. Nous avons mis neuf heures pour revenir par avion en Angleterre en provenance de la Jamaïque pendant que les Américains mettent trois heures pour rentrer chez eux. C’est inégal !

9. Nous avions loué une chambre avec deux lits séparés. Or, nous avons eu une chambre avec un lit deux places. Je vous porte donc responsable de la grossesse de ma femme.

10. Nous avons lu dans la brochure de l’hôtel que les coiffeurs ne peuvent venir dans les chambres. Ma femme et moi sommes coiffeurs. Pouvons-nous quand même louer une chambre dans cet hôtel ?

12. La chambre triple de nos amis étaient beaucoup plus grande que notre chambre simple.

13. Nous étions à Barcelone en vacances. Il y a beaucoup trop d’Espagnols dans cette ville !

14. Le sable sur la brochure décrivant notre lieu de séjour était jaune. Or, en réalité, il était blanc.

15. Il était de votre devoir en tant que tour-opérateur de nous prévenir de l’éventualité de cohabiter avec des amis bruyants et sans éducation.

16. J’ai été piqué par un moustique. Personne ne m’avait prévenu que les moustiques piquaient.

17. Je crois qu’il aurait été bien que la brochure indique que certains types de biscuits n’étaient pas vendus dans les boutiques locales.

18. Les commerçants locaux font trop la sieste !

19. Je reviens d’Inde et je suis écœurée. On ne m’avait en effet pas prévenue que la nourriture indienne était faite à base d’épices et notamment de curry, épice que je déteste !

20. Notre séjour prévoyait une journée dans un parc d’attraction aquatique. Seulement, personne ne nous a dit qu’il fallait nous équiper de maillots de bain et de serviettes !

Publié par : nofrontier | 3 octobre 2009

Repérage Globe Explorers en Atacama (septembre)

Quelques photos du repérage Globe Explorers dans le désert d’Atacama (Chili) qui s’est déroulé en septembre.

Dans ce désert, des zones encore méconnues, il en reste. La preuve en images !

Bientôt en exclusivité dans les circuits Globe Explorers.

Publié par : nofrontier | 19 août 2009

RDV au 21ème festival des Globe-Trotters, organisé par ABM

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Secrète ou mille fois battue, la route, ce chemin qui conduit à l’inconnu, essence même du voyage, demeure le trait d’union des peuples, le véhicule de la rencontre et de la connaissance. Symbole de liberté, elle s’amuse du temps et de l’espace dont elle s’affranchit en bâtissant ses propres perspectives, main dans la main avec l’infini. Elle est LE voyage… et le thème du prochain Festival des Globe-Trotters qui se tient les 25, 26 et 27 septembre prochain à Massy (91).

Au programme : trois jours de rêve, d’émotion et de rencontres authentiques sur le thème du voyage et de l’aventure humaine.

Le plus grand rassemblement de voyageurs de France : sur 3 000 m2, plus de 40 films et diaporamas, des débats, des stands sur une centaine de destinations, un concours photos, des buffets, etc.

Le Festival rencontre chaque année un vif succès auprès du public : adhérents, visiteurs, conférenciers, journalistes. Au total, ce sont plus de 8.000 visiteurs qui se donnent rendez-vous avec la même envie… celle de partir sur les routes du monde.

Su ces bonnes paroles, je vous donne RDV au Festival. A très bientôt !

Xavier Gaumer, de l’équipe d’organisation ABM

En savoir plus ?? >>  ABM - Aventure du Bout du Monde

L’une des choses que j’apprécie le plus quand je voyage à l’étranger, c’est de penser que je vais retourner en France.

Pierre Daninos

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.

Marcel Proust

L’homme qui veut s’instruire doit lire d’abord, et puis voyager pour rectifier ce qu’il a appris.

Giovanni Casanova

Voyager, être à l’étranger, très loin de chez soi, c’est comme assister à un film. Ça se fait en silence.

Claude Jasmin

Partir, c’est mourir un peu. Poursuivre le voyage, c’est peut-être ressusciter. Le vrai voyageur, c’est celui qui jamais ne tente de revenir en arrière.

Jacques Renaud

Il y en a qui ont le coeur si vaste qu’ils sont toujours en voyage.

Jacques Brel

Dans un voyage, le plus long est d’arriver à la porte.

Varron

Voyager est un triple plaisir : l’attente, l’éblouissement et le souvenir.

Ilka Chase

La grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu, chaque jour, dans le même visage. C’est plus grand que tous les voyages autour du monde.

Alberto Giacometti

Quand on ne voyage qu’en passant, on prend les abus pour les lois du pays.

Voltaire

Les voyages, ça sert surtout à embêter les autres une fois qu’on est revenu !

Sacha Guitry

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.

Marcel Proust

Autrefois, on emmenait sa secrétaire en voyage en la faisant passer pour sa femme ; aujourd’hui, avec le régime des notes de frais, on emmène sa femme en la faisant passer pour sa secrétaire.

André Guillois

… et pour prolonger la réflexion, je ne saurais que trop conseiller la lecture du “Manuel du Parfait Exploraseur” de Matthias Debureaux. Ca fait mal c’est sûr, on s’y reconnaîtra certainement sans aucun doute, et pourtant c’est tellement vrai !

Publié par : nofrontier | 18 août 2009

Mystère aborigène

Un saut autour de la Terre, un saut dans le temps. Le Temps du Rêve ou « Dream Time ». C’est ainsi que les colons anglais, bagnards bannis de la Couronne de Sa Très Gracieuse Majesté, ont résumé en deux mots l’histoire aborigène. Deux mots. Seulement.

Il est loin le Temps du Rêve quand on a connu celui des massacres. Il est effacé des mémoires blanches mais pas pour toi. Ancré dans tes gènes, ils ont voulu te l’arracher comme ils t’ont arraché à ta famille pour suivre une éducation aux Antipodes. Tes Antipodes, pas les leurs. Faire de toi un homme nouveau, soustrait de ton temps, laissant ton rêve évanoui dans le lit de ta terre rouge. Dream time is over.

En me promenant dans Alice Springs, qui n’a rien du Pays des Merveilles, la vision d’une acculturation et de ces navires humains échoués, frappe comme un cagnard qu’on n’attendait plus. L’alcool  ronge de son écume acide leur existence en épave. Il y a des fantômes qui errent dans la ville, insensibles aux regards curieux des touristes. Il y a des ombres qui gênent, et des yeux qui ne nous regardent plus. On ne rêve plus. Aboli, le Rêve.

Tu es aussi énigmatique que Lui. Pourquoi ne rien dévoiler ? Ne rien confier ? Est-ce le passé qui t’a muselé, ou bien le secret aborigène est par nature inaccessible aux non-initiés ?

On dit que le Mystère ne doit jamais nous être révélé. C’est ainsi. Comme le Rêve, il s’explique mal. Comme le Rêve, il protège jalousement son être obscur, quand bien même la curiosité me pique au point de vouloir en percer le jour.

Le Rêve n’est peut-être pas mort, et son temps pas révolu. Quelques « White » ont compris la détresse et la richesse que cache cette part de Rêve. Certains ont rejoint les communautés aborigènes comme on découvre une famille. Ils sont devenus pour les uns frères, pour les autres sœurs. C’est un parrainage. « Nous sommes tous frères » si nous nous donnons la peine de comprendre les aborigènes, et leur promettons de songer à nouveau, telle est leur philosophie. Mais comment comprendre un monde secret ?

Il y a des voix qui surgissent des rochers du Désert Rouge. Imperceptibles à mes sens brouillés par une civilisation qui perd parfois les siens, ces voix m’appellent.

C’est ainsi que je m’engouffre dans les abîmes des Monts Olgas, imposantes boursouflures à la bonhommie surprenante au milieu de ce désert. Un monde tout en rondeur dans un univers hostile. Je glisse le long de ces parois lisses. Je sombre dans la douceur des courbes dessinées par ces géants gonflés de pierres ocrées. Me laisser porter pour mieux ressentir. A présent, mes pas résonnent dans ce piège à sons, progressant au gré des ombres qui enrobent puis dénudent les grandes masses polies, sentinelles sur le chemin. Peut-on d’ailleurs parler de chemin ? Un chemin a un début et une fin. Ici, le début et la fin ne forment qu’un. Chaque avancée de ma marche remet en question ma perception de l’espace, du temps et de la vie. Seule la végétation rebelle qui a élu domicile dans ces plis rocheux me raccroche au monde réel comme une boussole recadre un cap. Malheureusement pour elle, son impertinence l’a ancrée ici, tel un marin à terre. Le sortilège de ces lieux ne peut être que l’œuvre d’un dieu, tout comme l’extraordinaire façonnage de ce monde irréel si pur, si parfait, si harmonieux.

Temps en dehors du temps, sensations de vertiges sous le bleu insolent du ciel. Aucun nuage ne vient perturber l’harmonie céleste. La quiétude accompagne mes pérégrinations. Douceur exquise. Il ne manque à ce tableau que les vibrations du didgeridoo. On dit qu’il appartient à la légende. Celle qui bénît la Terre des hommes. Au commencement, celle-ci était froide, et la Nuit vide d’étoiles. Un homme, qui rassemblait le bois pour préparer son feu, constata la présence de termites dans l’une des bûches. Pour les déloger sans les blesser, il souffla dans le tronc. Les termites propulsées dans le ciel vinrent consteller les tentures nocturnes, les égayant de leur brillance. On les appela les « étoiles ». Et pour la première fois, le son du didgeridoo embrassa de ses volutes la terre et la voûte céleste. Les notes s’accouplèrent sur la partition, et procréèrent le Monde. Le Temps du Rêve était né.

 

Retour au Temps présent. Le soleil impose sa loi à l’air qui se charge d’une chaleur étouffante. Ce n’est pas la robe ombrée des mégalithes qui me sauvera de cette fournaise. Et c’est aussi pour cela que le désert australien est énigmatique. Rien ne lui résiste, pas même la route qui déroule son ruban sombre d’asphalte, une cicatrice de modernité dans un monde sans âge. Il y a des arbrisseaux desséchés qui finissent d’enterrer leurs racines dans le sable, des buissons qui luttent pour leur survie. Ce sont des sculptures agressives, à l’image de ce moloch (petit lézard au corps orné de piquants), véritable forteresse sur pattes qui traverse avec méfiance la voie pour rejoindre le sable d’en face.  De part et d’autre de la route, c’est la Cour des Miracles végétale qui compose avec la splendeur de l’aridité. C’est tout le paradoxe de ces lieux : la symbiose des vivants et des morts, des dieux et des humains. Mais un seul maître, le dieu du désert. Celui à qui je m’apprête à demander audience.

 

A quelques centaines de kilomètres des Olgas, l’antre sacré d’Uluru dresse ses flancs émergents, tel un cétacé ensablé. Découpant l’horizon de son imposante carapace, c’est sûr, Uluru force le respect. Avec ses neuf kilomètres de circonférence pour trois cents mètres de hauteur, c’est une muraille au milieu du vide. Un rempart de boue façonné par deux enfants, raconte le mythe. On dit que sa peau rougit en journée et se teinte de pourpre au coucher du soleil. Le Rocher s’exprime au travers des couleurs, à défaut de murmurer sa légende. Je dois en savoir plus.

Avec pour seul compagnon le silence de ces lieux, l’enquête n’en est que plus ardue. Avez-vous déjà écouté le silence du Désert Rouge ? Il ne ressemble à aucun autre. Des battements indicibles entrecoupent sa respiration, vibrations primitives surgies des entrailles de la Terre que le sable tente d’assourdir. Puis, le temps les fige en plein vol. Plus on approche d’Uluru, plus le silence se dévêt de ses artefacts, jusqu’à devenir pur. Le mur du son zéro est franchi.

Uluru est le sanctuaire religieux des aborigènes Anangu. On dit que Le Serpent Arc-en-ciel coulerait des siècles heureux dans l’un des bassins du sommet. Homme du Temps du Rêve, que peux-tu à me dire à son sujet ? La question reste sans réponse. Il ne parlera pas. Il y a des mots que retiennent ses lèvres en même temps que son cœur. Il y a trop de souffrances mais aussi de sacré engouffrés derrière son regard pour me dévoiler quoi que ce soit. Et Uluru ne se révèle qu’à que ceux qu’il a engendrés. Pas les autres. Pas moi. Ainsi se nourrit le mystère des Anangu, de la curiosité de l’Autre et de ses interrogations. Il s’épaissit devant mon désarroi et ma soif de comprendre. Rien, rien ne sera dit, prononcé, sifflé par le Serpent. Rien ne filtrera des pores d’Uluru. Passe ton chemin, l’Etranger. L’audience est levée.

 

Je repars comme je suis arrivé, en ignorant. Je reste agenouillé devant la culture impénétrable des aborigènes. Avide de réponse devant un rocher sourd, désarmé face à ses gardiens, il ne me reste plus qu’à le rêver, ce Temps du Rêve. Et laisser de côté mes repères cartésiens. Peut-être est-ce comme cela qu’on accède à la connaissance du secret tant envié. Qui sait ?

Xavier Gaumer

Article paru dans Globe-Trotter Mag 120

Publié par : nofrontier | 6 août 2008

Appel d’air (frais)

Quand l’air du Grand Nord inspire la plume du voyageur…

Le temps s’égrène et se faufile entre les façades blanches que je contemple depuis la fenêtre. Un temps d’éternité, à imaginer, penser, rêver en direction du bout de ciel bleu qui transperce la forêt de pierre parisienne. Comme un océan d’évasion qui vient inonder les berges prisonnières. Largue les amarres. Mon bateau m’attend. Les voiles sont hissées et se gonflent du souffle de mon imaginaire. Amérique du Sud, Groenland, Mongolie, Alaska… si loin mais si près si on s’en donne les moyens. Le voyage est pareil à une vague qui ne s’échouerait jamais, une vague avide de connaître les quatre océans.

Commençons par le Groenland. « Terre verte » comme la surnommait Erik le Viking, plus Rouge que Vert, Christophe Colomb avant l’heure, pour encourager les candidats à l’immigration qui n’en étaient plus à leurs premières glaces. La glace, c’est la vie, mais la vie emprisonnée. De l’eau maintenue à l’état solide, mais elle est là. Son cœur bat dans les entrailles translucides. Il y a de la dureté, du refus et de l’intransigeance. Et parfois de la fragilité quand la banquise pleure. Ses fissures sont les sillons de ses larmes. Et les gouttes lacrymales tombent de désespoir le long des parois parfaites de l’iceberg.

La Terre se réchauffe, il faut s’y faire. Les effets sont particulièrement visibles en Arctique. Et pourtant, même en été, les vaisseaux de glace continuent à défiler en cortège anarchique dans les eaux de la mer orientale du Groenland. Ils n’ont pas dit leur dernier mot, mais cachent leur peine dans leur silence. Rabougris, certains s’enfoncent dans la mer d’huile. D’autres tentent de maintenir fière allure. Et ils m’impressionnent toujours. Je peux rester des heures à contempler leur ballet, à m’enivrer de leur pureté originelle. Pointues, biscornues, trapues, tout simplement nues, les cathédrales de glace révèlent une exquise beauté sans pareille. Mais l’effeuillage s’arrête là.  Autour de ces architectures immaculées, il y a des montagnes immobiles et des glaciers immuables, des parterres de mousse et des roches de la Genèse. Terre hostile.

Hostile tu es par nature, fascinante tu te dévoiles par séduction. Terre verte comme l’espoir.

C’est cet espoir d’un monde meilleur que je voudrais lire dans le regard des Inuit de Kulusuk.

Ma première rencontre avec eux, comme beaucoup de mes rencontres, est purement fortuite. Je marche sur ce tapis de mousse sur lequel pousse aussi des cannettes de bière. Le Groenland d’aujourd’hui n’est plus celui de Paul-Emile Victor. Les derniers rois de Thulé s’en sont allé rejoindre les aurores boréales, abandonnant des peuplades jetées dans l’oubli du Grand Nord. Et pour mieux oublier, on boit. La moitié de la population est en proie à ce fléau. L’autre moitié, ce sont les enfants, l’espoir de Kulusuk.

Des coulisses d’un théâtre de croix fichées dans le sol, s’élève un cri, une plainte. Une femme pleure. Le cimetière résonne de ses hurlements. Elle descend. Je me tiens là traçant ma route, et tombe sur elle. Elle s’appelle Kuko, et ne tarde pas à être rejointe par Enok, son compagnon. « Enok et Kuko », on dirait le titre d’un livre pour enfants. Mais lorsqu’on ouvre le livre, leur vie est loin d’être belle. Ed, un Américain octogénaire au chapeau texan outrageusement piqué de centaines de pin’s m’a rejoint lui aussi. Rencontres improbables dans un univers improbable. Nous faisons les présentations. Enok-Kuko, Xavier-Ed. Ed-Xavier, Kuko-Enok. Nos deux Inuit semblent déboussolés, pour ne pas dire qu’ils ont perdu le Grand Nord. « Guunnaat », comprends-je de la bouche d’Enok. Ca veut dire « bonjour ». A traduire en réalité par « Gutaa » si Enok avait été à jeun. La suite, ce sont quelques mots échangés en anglais jusqu’à la cabane colorée de nos nouveaux amis. Nous sommes en effet conviés, ce qui est rare pour des étrangers.

Les maisonnettes de Kulusuk ressemblent à des Lego multicolores. Une colonie de cubes émergeant des rochers. Le tout dessine une mosaïque de couleurs criardes qui tranche avec le ciel bas de cette fin d’après-midi. Un peu de gaieté dans ces paysages aussi grandioses que désolés.

Magnétoscope, télé écran plat et justificatifs d’indemnités de chômage, tout se côtoie harmonieusement dans un intérieur douillet. Bienvenue au Groenland moderne. Kuko nous invite à nous asseoir dans son canapé, tandis qu’Enok dépose sur la table basse une bouteille de Vodka. Il est plein, Enok, comme sa bouteille. Mais elle se videra plus vite que lui, c’est le principe des vases communicants. Tu veux boire un coup ? Non merci. Kuko n’est pas en reste. L’alcool bâillonne ses mots et dilue sa pensée. J’éprouve du mal à comprendre ses paroles. Ce ne sont que borborygmes mâchouillés dans un anglais que tente de disséquer Ed qui en perd son anglais maternel. Nous avons du mal à établir une conversation suivie, alors nous parlons aussi avec les yeux.

Il y a sur leurs visages des sourires qui se referment sur des frayeurs. Il y a des gestes brusques suivis de lassitude. Enok et Kuko passent de l’un à l’autre comme on passe de Charybde en Scylla. Ce sont deux Ulysses brinquebalés dans leur mer de misère, avec pour seule bouée la côte qu’ils ne quitteront jamais. Il faut plaisanter, ne pas s’apitoyer. Enok mime une danse traditionnelle, celles que les Inuits pratiquent devant les rares touristes de passage pour les amuser. Le folklore a cela de bien qu’il met tous les sourires d’accord. Nous rions à gorges déployées devant cette parodie volontaire. Nos hôtes retrouvent une lueur de gaieté, mais celle-ci est fragile. A tout instant, les visages distendus peuvent se figer d’un coup comme la bourrasque fige l’inlandsis. Et moi, je veux cacher ce que je ne saurais voir, c’est humain. La réalité est que Kulusuk est en perdition. Une population que le chômage et l’alcoolisme ont clouée sur la croix des peuples martyrs de la civilisation moderne. Encore quelques années et ces Inuits viendront rejoindre la cohorte des Aborigènes et Indiens d’Amérique sur l’échafaud des destins malheureux.

J’aimerais leur dire qu’il y a un avenir, j’aimerais leur dire que leurs enfants porteront haut l’espoir comme on porte les couleurs de sa fierté. Je veux y croire. Voici un peuple dont l’existence n’a été découverte qu’il y a un peu plus d’un siècle car l’accès à leur terre était rendu très difficile par la violence des courants de la mer orientale du Groenland. D’un mode de vie nomade et chasseur, les Inuit de Kulusuk sont passés au stade d’acculturation. Aujourd’hui, ils vivent cette acculturation dans l’assistanat. Leur révolution reste à faire s’ils veulent maîtriser le courant tumultueux qui guide le monde d’aujourd’hui. Je veux y croire.

A présent, le soleil s’apprête à embrasser la mer. La fenêtre du salon nous ouvre au somptueux spectacle de la nature arctique. Le dîner se prépare sous nos yeux. Enok s’affaire à découper le poisson. Des gestes lents craignant l’imprécision guident son couteau sur la chair de l’animal. Nous ne pouvons malheureusement rester, malgré l’insistance de Kuko. Je la salue chaleureusement en la remerciant pour son invitation. Un fracas se fait soudain entendre en arrière-plan. Jusqu’à présent, je n’avais entendu tel bruit qu’à l’écoute des icebergs qui se détachaient de leur glacier maternel pour tomber dans la mer. Le plan de travail a remplacé ici le glacier, le sol s’est substitué à la mer, et Enok campe l’iceberg. Gisant de tout son long sur le lino de la cuisine, il reprend progressivement confiance en le monde réel. Kuko ne semble pas plus affolée que cela. La représentation du spectacle de l’alcoolisme en milieu inuit n’en est plus à sa première. Au risque d’écrire un mauvais jeu de mots, Kuko semble même en connaître la « chute » par cœur.

Nous entourons Enok qui a maintenant repris ses esprits, et lui proposons notre aide. Pas nécessaire selon Kuko. “Partez, j’ai l’habitude, ne vous en faites pas”.

Xavier Gaumer – tous droits réservés

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